Full text: 5(1923), Nov.-Déc. = Nr. 34 (34)

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Picasso 
Picasso, pour tendre ces pièges, déploie une malice de braconnier. 
Jamais on n’avait poussé plus loin une chasse que les rapins ignorent. 
Suis-je parvenu à vous en dévoiler quelques règles sans recourir aux 
termes techniques ni parler de quatrième dimension? Ce serait ma seule 
excuse. 
a 
Il faut plaindre des maîtres qui, pour se consoler du désordre, doivent 
faire le voyage d’Athènes. L’Acropole me parlerait une langue morte. 
Je n’ose lui rendre visite. J’ai peur que ce carrefour d’élégances m’hyp 
notise comme tant d’autres, que la première colonne des Propylées trace 
devant mes yeux la raie blanche qui endort les poules et m’empêche de 
voir mon Parthénon. 
A Montparnasse, puis à Montrouge, et maintenant rue la Boétie, 
j’ai fait mon voyage de Grèce. La neige est vite marbre aux mains pré 
destinées. J’exerce trop mon œil au respect pour ne pas accorder à la 
beauté neuve les prestiges du recul et de la mort. 
On suppose la déférence de mon amitié pour Picasso et qu’à son 
tutoiement fraternel je réponde par celui du Grec à ses dieux. Son cœur 
est mal connu. La familiarité maladroite des uns rencontre un mur. Quel 
quefois, il abonde paresseusement dans le sens de la sottise des autres. 
Cette politique royale le fera convaincre d’égoïsme et de lâcheté par un 
témoin superficiel. 
Mais ici je laisse la parole à ses amis anciens. Consultez Gertrude 
Stein, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, André Salmon, Maurice 
Raynal. Vous trouverez chez eux le matériel propre à rebâtir les belles 
heures détruites. 
Du reste, qu’ajouterai-je à sa légende? Un baromètre écrit la légende 
idéale des hommes orageux. La moindre humeur de Picasso collabore à 
dessiner un profil qui ne lui ressemble pas.
	        

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