L’ŒUF DUR 
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La Croisée des Chemins 
A Julien Benda. 
— Remarque que tu dis que je t’aime mais je n’en sais trop 
rien. Tu chantes toujours que tu es née un dimanche à midi, 
c’est vrai, mais dans une bibliothèque. 
— Les fleurs, on les conserve entre les pages des poèmes, et 
si les parchemins saignent leurs mots mal imprimés sur les pétales, 
les fleurs embaument les chants de leurs parfums. 
— Aussi, je ne dis pas que tu n’aies parfumé le rayon de mes 
livres mais les sachets d’odeur n’ont qu’un temps et les roses en 
se fanant, prennent les teintes rouillées des grilles de parc sous 
l’automne — les hymnes qui ne sont plus que des réminiscences. 
— Mais les souvenirs sont doux, ils font s’imaginer qu’on a ’ 
vécu, ils attendrissent le devenir et les roses en vieillissant pren 
nent une odeur sourde et profonde comme le reflet d’une âme 
triste. 
— Tu sais que nous n’aurions pas d’âme si elles pouvaient deve 
nir tristes certains soirs : La commodité est la règle ici bas. Et 
puis, je voudrais savoir un peu le définitif. 
— L’irréparable est si dangereux, songe qu’on peut toujours 
leréparer, et qu’alors, c’est désespérant comme de refaire le même 
chemin, après. 
— On peut 11e pas faire comme les autres : ça n’est qu’une habi 
tude à prendre. Je ne peux plus goûter l’infini sur tes seules mains. 
Nous avons été les mauvais reflets des livres. Déroutons le Destin 
par nous choisi. Tu as peu lu et beaucoup retenu. Je t’en veux 
des mots que tu 11’as pas dits. 
— Je les pensais, on 11’a pas le temps de tout faire. Et puis nos 
attentes 11e les méritaient pas encore ; le rythme de l’horloge 
remplit trop les silences. Tu as déchiré avant le jour le voile qui 
séparait nos rêves, ils s’en allaient vers les mêmes rites. 
— Tu sais ce que c’est. O11 croise un calvaire sur sa route. O11 
s’arrête pour pleurer sur soi-même. Et, pour reprendre le chemin 
qui monte, tout semble plus loin dans la nuit tombée. Des efforts 
parmi nos harmonies seraient de telles fautes de goût. 
— On pourrait peut-être se résigner aux cendres et prendre le 
goût de sourires nouveaux. Peut-on pas effacer des minutes ? 
— Les mots seuls ne s’envolent pas. Et puis il y avait le public, 
n’est-il pas mieux d’être sincère jusqu’à la fin ? 
— Quand on n’aime plus, c’est qu’on n’a jamais aimé. 
— Voilà que tu commences à dire des bêtises. 
Francis-Gérard. 
(Tableaux pour quel Peintre.)
	        
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