Full text: 5(1924), Janv.-Fév. = Nr. 35 (35)

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LE GÉNIE SANS MIROIR 
des idoles flexibles qui ignorent toujours quel charme peut avoir la 
cambrure de leurs reins. Ah! vienne le jour où nous briserons le miroir, 
cette dernière fenêtre, où nos yeux miraculeux pourront contempler le 
merveilleux cérébral. 
Vos yeux battent des paupières dans l’espace réfrigérant et les bri 
seurs des dernières vitres sont prisonniers de leurs frères inférieurs. Les 
fous sont enfermés dans de pompeuses cellules et nos mains délicates 
leurs infligent de savantes tortures. Ne croyez pas cependant qu’ils y 
succombent. Le Pays qu’ils ont découvert est si beau que rien ne sau 
rait en détourner leur esprit. Maladies! névroses! divins moyens de 
libération incompris des chrétiens, vous n’êtes pas de célestes punitions 
mais la délivrance, la suprême récompense, le paradis sur terre, la vision 
vers l’infini, l’ascension plus rapide vers l’esprit qui monte comme un 
vautour avec la cervelle de Promothée dans le bec. 
Aurons-nous le courage de léser volontairement cette moelle épinière, 
ce cerveau paralysé! 
Nous qui les aimons savons bien que les fous refusent de guérir??... 
On connaît l’histoire de l’ivrogne qui tournait autour de la colonne 
Vendôme en palpant la grille et qui se croyait enfermé. Que certains 
voient dans cette anecdote un piètre aliment comique à leur stupidité, 
soit! Pour ma part je ne puis qu’y voir une manifestation de ce génie 
ou de cette folie, comme on voudra l’appeler, qui ne se formule qu’en 
état d’inconscience. Qu’on le sache bien, c’est nous qu’on enferme 
quand on clôt la porte des asiles : la prison est autour d’eux, la liberté 
à l’intérieur. Allons à Sainte-Anne! Cellules de la Salpêtrière! Quelle 
atmosphère religieuse est la vôtre, où est ce tableau que Ucello mit 
tant d’années à peindre et où nous mettons tout ce que la perfection et 
l’inconnu peuvent recéler de mystère, où sont les architectures compli 
quées de Salomon de Caux? Quelle épithète assez divine pourrai-je vous 
appliquer, Marquis de Sade? Théroigne de Méricourt, quelle croupe 
fut plus voluptueuse que la vôtre toute sanglante du fouet que vous
	        
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