Full text: 5(1923), Sept.-Octobre = Nr. 33 (33)

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LIVRES 
LA VÉNUS INTERNATIONALE, par Pierre Mac Orlan (N. R. F.) 
Les romans nous ennuient : encore des personnalités. L’intelligence 
est lente à s’émouvoir de sa faim : des amours troubles, des plaisirs 
nouveaux peuvent un instant la distraire. Bientôt on ne peut plus la 
contenir avec des hochets, des nouvelles à la main, l'accordéon des 
images et de petits récits adultérins. Il nous manque un décor entier 
de la vie morale. L'heure est aux Evangiles ; une robuste foi coloriée 
égayera un peu ces matins gris. 
Qu'un homme entier se présente devant nous, avec des mains qui 
ont cherché à satisfaire sa peine, qui se soit inquiété de découvrir un 
axe véritable, une hampe, un système où se reposer, où enfin trouver 
l’équilibre — ceux qui nous présentent de simples récits ronds comme 
des pommes risquent bien de les garder pour des cidres plus corrosifs. 
Nous voulons des conseils, des préceptes, qu’on dépouille les voiles et 
nous montre les chemins, qu'on nous initie à des épaisseurs, des éclats, 
des poids nouveaux. 
Mac Orlan s'y attache, sa détresse est véritable. Il cherche depuis 
deux ans le sens exact du costume du siècle, les aigrettes bleues des 
tramways, les voix des femmes au téléphone, les chèques, les mitrail 
leuses humides d’huile, les drapeaux faits avec des ceintures. La dou 
ceur étirée du symbolisme ou la chaste propreté classique n'épousent 
pas ces contours anguleux : dans ce siècle sans mythologie rien n’amor 
tit le heurt d'une âme inquiète et qui sait se dépouiller, avec la vie 
de l'époque. Sans points de contact avec le monde, Antée, s’il ne peut 
toucher la terre, perd ses forces, s'anémie.
	        

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