Full text: No 20 = 1923, Janvier (20)

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C’est aux environs du 20 mai que René Edme me lut Poeta- 
riat, un soir au jardin des Tuileries. Quel éclairage jetait le poème 
sur la vie atteinte de René ! “ Poetariat ou l’immorale Vie de 
Safran Corday C’est, avec le Citron d’Or, le poème que René 
laisse tel qu’il voulait qu’il fût. Et tel qu’en lui-même définitif. 
Pourtant... 
J’incline à penser qu’il ne manque rien à Poetariat de ce qui 
garde un livre de l’oubli. Je professe que René a poussé aussi loin 
qu’il l’a désiré, ce jeu des idées par quoi un écrivain acquiert ses 
quartiers de noblesse. Alors ? 
Rompu aux exercices spirituels, il ne se pouvait souhaiter 
qu’une écriture plus serrée, plus exacte. Je pense qu’une forme 
mal sûre l’a quelquefois desservi. 
Cela n’enlève rien au poète. D’ailleurs je ne devais pas tenter 
une critique, mais tâcher d’expliquer la raison pour quoi René a si 
peu vécu. 
Eh oui, c’est une contradiction du génie que chercher des 
excuses à son existence. 
Il faut que je continue. 
En juin 1920, d’un voyage à Monaco, René Edme rapporta 
quelques pages d’un petit ouvrage : “ Le Citron d’or de l’idéal 
amer „, conte romantique qu’il avait tout d’abord intitulé : 
L’Amant du Rail. Il acheva de l’écrire à Paris. 
A ce moment Edme et moi étions sans emploi. 
Nous avions adopté ce système qui consiste à se faire 
congédier d’une maison de commerce ou d’une banque, n’y 
ayant rien travaillé que cinq ou six jours, afin de toucher un mois 
entier d’appointements, à titre d’indemnité. Les poètes ont de ces 
artifices. A la fin du compte ils meurent à l’hôpital, cependant que 
le banquier frustré de 300 francs, est de tous les comités 
littéraires, voire (M. Zaharoff) constitue un grand-prix du roman... 
N’est ce pas le plus délicat des témoignages de la miséricorde 
divine ? 
Si les banquiers supportèrent parfois René Edme, il fut moins 
bien accueilli chez les anarchistes. Pour la copie insolente d’Edme 
qu’il avait publiée dans son journal “ Un „, Marcel Sauvage reçut 
des avis de désabonnement. L’individualisme, tel que le conçoi*
	        

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