Full text: Ça ira (4 = 1920, juillet)

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ÇA IRA ! 
les précieuses qualités impressionnistes ne 
purent être niées par le jury — malgré toute 
l’envie qu’il eût pu avoir de les refuser 
“ quand-même „, par principe... Et c'est ainsi 
qu’à défaut du vaste ensemble nouveau que 
nous avions espéré, nous dûmes nous contenter 
de revoir — dans le coin où on les a reléguées — 
la figure si expressive et d'une belle unité de 
coloris de Jespers (Le Miroir vert, 1917) ainsi 
que la nature morte, d’une rare distinction, de 
Paul Joostens (une toile qui date de plus de 
sept ans ! ) 
Certains critiques, qui se flattent d’avoir des 
idées larges, ont cru bon de blâmer cette atti 
tude de nos peintres d’avant-garde, prétendant 
qu’elle constitue un reniement de leurs prin 
cipes. Ils omettent évidemment de dire 
— peut-être l’ignorent-ils — que ces toiles ont 
déjà été exposées à plusieurs reprises. Et si elles 
le sont ici une nouvelle fois, cela ne doit pas 
plus nous faire présumer des conceptions 
actuelles de leurs auteurs que si elles figuraient 
dans les salons de Mossieu Campo. D’ailleurs, 
nous sommes persuadés qu’elles peuvent 
utilement servir à l’édification d’une grande 
partie du public et même de quelques écrivains 
dontl’incompétence en matièred’arts plastiques 
est par trop flagrante. C’est à notre avis un 
acte de grande probité artistique que d’oser 
montrer au grand jour une oeuvre dont l’artiste 
n’admet plus la tendance, mais qu’il tient 
cependant à exposer là où il en a l’occasion, afin 
qu’on puisse se rendre compte de l’évolution 
harmonieusement logique qu'a subie son talent. 
Dans cette même salle, à part une puissante 
synthèse de Georges Creten, Eté, où l’on 
retrouve les tons flamboyants de Gauguin, nous 
n’avons rien remarqué de trànscendant parmi 
les natures mortes et les paysages qu’y exposent 
les “ jeunes „ du Salon, Van Extergem, Pieter- 
celie, Médard Verburgh, Verwest, Jan Cockx, 
Londot, Dehoy, Jean Colin, Philibert, Cockx, 
Van Tongerloo etc., toiles impressionnistes 
dont quelques-unes charment l’oeil par une 
facile fraîcheur de coloris. 
Ailleurs, nous aimons signaler encore une 
peinture assez expressive de De Mets Le 
Peintre, deux toiles de Paerels, et surtout les 
deux compositions du peintre français Henri 
Ottmann, qui constituent probablement le 
meilleur envoi. L’artiste y a exprimé de façon 
remarquable sa vision originale de deux scènes 
dont il nous décrit plus que l’aspect extérieur : 
grâce à l’expression du coloris et de certains 
détails typiques, grâce aussi à sa facture à la 
fois souple et précise, il réussit à mettre en 
valeur l’extraordinaire acuité de son obser 
vation. 
Parmi les autres peintres impressionnistes 
dont on peut louer l’habileté à défaut de con 
ception neuve, nous citerons : Oleffe, Jefferys, 
Roidot, De Sadeleer, ainsi que les français 
Vuillard, Marquet. Signac, Bonnard, d’Espa- 
gnat, dont la manière est connue depuis long 
temps. 
Et ainsi nous aurons énuméré exactement 
les rares oeuvres de quelque valeur qu'une 
recherche attentive permet de découvrir. Tout 
le reste n’est que banalité et platitude. Des 
peintres qui depuis trente ans refont le même 
sempiternel sujet à l’aide du même procédé 
adopté une fois pour toutes, exhibent sans 
rougir leurs éternelles redites. Nos artistes 
anversois se sont surtout fait remarquer par 
cette touchante fidélité au genre qui leur valut 
l’estime de tous les charcutiers enrichis. C’est 
ainsi que nous avons pu admirer à nouveau 
les Pêcheurs de crevettes de M. Farasyn, qui 
— depuis des dizaines d’années — chevauchent 
infatigablement au clair de lune. M. Hens, le 
boucher à l’âme débordante de poésie, reste 
aussi attaché à la bonne tradition en refusant 
de peindre autre chose que des paysages lu 
naires, éperdument romantiques. M. Courtens,
	        

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