Full text: Ça ira (18 = 1922, mai)

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Humberto Rivas est sans doute moins savamment délicat que son 
frère, mais il a plus de fraîcheur et la même naïveté : 
A l’aube 
quand la gelée, dans les rues, se met à sécher 
les draps de la nuit 
Lorsque le rêve ouvre les paupières 
et secoue son tapis 
au balcon du jour 
A l’aube 
que mes poèmes volent comme des graines 
petits oiseaux engourdis qui prenez votre essor 
humides encore de la torpeur du nid. 
Il me faudrait citer encore en Espagne plusieurs poètes de très réelle 
valeur, tels que Isaac del Vando-Villar, directeur de Tableros, 
Gutierrez-Gili et tant d'autres. 
Je ne voudrais toutefois pas clore ces quelques lignes — fort 
incomplètes — sans dire un mot du poète chilien Vicente Huidobro. 
Il ne fait pas partie du groupe ultraïste, mais son art, le créationnisme 
s’est développé parallèlement, et a fait naître en Amérique une 
tendance nouvelle, apparentée spirituellement à l’ultraïsme espagnol. 
La traduction du poème : Chevelure de Huidobro, paru dans le 
premier numéro de Tableros donnera une idée de cette poésie, et 
permettra d’en apprécier les affinités avec les vers cités ci-dessus. 
Il y a, dans tes cheveux légers, 
Une musique sylvestre 
Et la pluie nocturne 
sous l’astre somnambule 
Ta chevelure dort sur la campagne 
Quelqu’un ne trouvera pas la route 
Et au-delà de l’horizon, tombera dans le vide 
Etoile native. 
Cet oiseau dans mon cœur me fait mal 
Et ma vie 
à demi assoupie, est restée beaucoup en retard. 
Au bord de l’après-midi 
Une voix me parlait 
Etre aveugle à midi 
Je regardais 
mon toit 
douce mer de mes rêves 
Et le collier de tes larmes 
flétri sur ma gorge. 
Vertige du vide 
Chevelure fidèle de ma barque 
Ces fils qui se lèvent aux confins 
sont aussitôt trois cordes de violon.
	        

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